Plus de 24 jours de mer ce mardi pour François Gabart qui, la veille, a franchi l’antiméridien, avec une avance stable d’un peu plus d’un jour et demi sur le tableau de marche du détenteur du record du tour du monde en solitaire, Thomas Coville. Lundi, alors que le skipper du trimaran MACIF venait de remettre du nord dans sa route, il a fait une rencontre pour le moins inattendue avec un iceberg. Désormais tourné vers son prochain objectif, le Cap Horn, il affronte des conditions de mer assez chaotiques dans le Pacifique.

L’objet : un iceberg

Pour « fêter » la mi-parcours de son tour du monde, François Gabart a eu le droit lundi à une rencontre assez inattendue avec un iceberg. « C’était assez irréel. Je savais que j’étais très sud et que l’eau commençait à être froide, mais il n’y avait pas de détection de gros icebergs par satellite dans ce coin, j’étais assez serein. A un moment, j’empanne, et en sortie d’empannage, je vois cet espèce de truc, pas méchant, plutôt joli même, mais tu sens bien que c’est potentiellement très dangereux. Quand tu en vois un, c’est comme dans les dessins animés, tu te dis qu’il peut y en avoir cinquante, j’ai vécu quelques minutes un peu compliquées », a commenté le skipper du trimaran MACIF lors de la vacation organisée chaque mardi au siège niortais de la Macif, en présence de nombreux collaborateurs du Groupe. Heureusement, l’intéressé avait déjà remis du nord dans sa route pour retrouver des conditions plus sereines. « Par la suite, la température de l’eau est vite remontée, on sait que ces bestioles-là ne tiennent pas longtemps dans l’eau chaude. Mais tu te dis quand même qu’il y en a peut-être un, pas très discipliné, qui veut s’aventurer dans les eaux chaudes, tu ne fais pas trop le malin. J’en souris maintenant, mais hier, j’en souriais moins, ça fait un peu froid dans le dos ». C’est le cas de le dire…

Le lieu : l’antiméridien

La journée de lundi aura été riche en émotions pour François Gabart puisque, peu après cette rencontre avec un iceberg par quasiment 60° Sud de latitude, il a franchi l’antiméridien (longitude 180° Est et Ouest), ligne imaginaire de changement de jour, passant du coup du lundi 27 novembre à 23h59, au… lundi 27 novembre à 0h, comme s’il n’avait pas avancé ! Des considérations de terrien, puisque de son propre aveu, le skipper du trimaran MACIF n’a guère eu le loisir de s’emmêler le cerveau avec cette « tambouille » horaire : « Moi, je suis à l’heure universelle (UTC, -1 heure par rapport à l’heure française), je n’ai pas essayé de me caler par rapport aux fuseaux horaires depuis le départ. J’ai bien compris que je vais faire une nuit de plus que le chrono et que je suis sous vos pieds, mais j’ai plein d’autres choses à penser, je ne veux pas perdre de l’énergie avec ça. La seule chose qui change, c’est que les journées sont un peu plus courtes parce que je gagne vers l’est ». Surtout, le Charentais veut rester concentré sur la bonne marche d’un bateau une nouvelle fois secoué dans une mer chaotique : « Je suis juste devant une grosse dépression qui amène des vagues avec elle depuis une dizaine d’heures. Je navigue avec les plus petites voiles possibles, J3 à l’avant et trois ris dans la grand-voile. Ça devrait durer comme ça pendant encore une dizaine d’heures, puis j’empannerai pour revenir derrière cette dépression en tribord (vent venant de la droite), la mer devrait alors être bien meilleure que maintenant ».

La phrase : « Ça serait juste génial si j’arrivais au Horn avec un peu d’avance sur le temps de Thomas »

Malgré le ralentissement de la fin de semaine dernière et celui en cours dans une mer chaotique, François Gabart conserve son avance d’un peu plus d’un jour et demi sur le temps de passage de Thomas Coville, détenteur depuis le 25 décembre 2016 du record du tour du monde en solitaire. Forcément de quoi lui donner du baume au cœur : « Je viens de recouper avec la route de Thomas, j’ai un jour et 18 heures d’avance sur lui. Aujourd’hui, je suis malmené dans les vagues, je n’avance pas très vite, je n’aime pas quand les compteurs sont à 24-25 nœuds, mais quand je vois cette avance, ça me rassure. C’est une satisfaction et c’est bon signe, je viens de passer la moitié du parcours, toutes les avances sont bonnes à prendre ». Et si le skipper du trimaran MACIF s’attend « à quelques heures difficiles dans cette dépression avec beaucoup de mer », il croise les doigts pour que la suite et fin du Pacifique lui sourit : « Derrière, si tout va bien, je devrais avoir un bord de reaching, ça me permettrait d’aller au Horn assez rapidement. Ça serait juste génial si j’arrivais au Horn avec un peu d’avance sur le temps de Thomas ». D’après les derniers routages, MACIF est attendu au passage du fameux rocher dimanche ou lundi, après environ 30 jours de mer…

L’état de santé : fatigué

Après une fin de semaine dernière qui, de son propre aveu, l’a fatigué en raison des conditions de mer rendant sommeil et alimentation difficiles, François Gabart a pu récupérer sous l’Australie dans « une mer relativement claire ». En attestent ses derniers temps de sommeil par 24 heures, à la hausse (4-5 heures contre 2-3 heures). Cette accalmie (qu’il faut relativiser à l’échelle du Grand Sud, dans 25-30 nœuds tout de même !) lui a également permis de s’occuper des petites bricoles à bord, même si certaines n’ont pas tenu : « J’ai pu recharger les batteries et m’occuper du bateau, mais la fameuse galette de J2 (voile d’avant intermédiaire) s’est de nouveau cassée. J’ai réussi à rouler le J2 malgré le système bloqué et pour l’instant, je suis sous J3, la plus petite voile, mais vu les conditions de mer, je ne sais pas trop comment je vais pouvoir encore réparer dans les heures qui viennent. Ce n’est pas simple de couper le carbone et de faire du travail précis quand ça bouge. On essaie de trouver une solution intermédiaire avec l’équipe pour que je puisse me servir du J2 avant le Cap Horn ». Hautes vitesses, mers chaotiques, bricolage, les journées passent vite à bord de MACIF…

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