Après les retraits de Kito de Pavant et Sébastien Josse, il reste 22 concurrents en course sur les 29 qui ont pris le départ des Sables d’Olonne il y a 31 jours. A l’heure où nous écrivons ces lignes, Sébastien Josse est le septième et dernier skipper à avoir signifié son abandon. La course continue pour les autres marins et c’est toujours le duo Armel Le Cléac’h/Alex Thomson qui mène les débats, à l’avantage du skipper français qui creuse un écart qui se porte à 130 milles. Derrière, un jeune bizuth s’empare de la 3e place provisoire, un certain Paul Meilhat…

Suite au abandons de Kito de Pavant (Bastide Otio) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), le Vendée Globe a perdu deux grandes figures emblématiques, deux marins qui participaient pour la troisième fois à l’épreuve. Parmi les sept skippers qui ont abandonné cette huitième édition, seulement deux étaient des bizuths : Morgan Lagravière (Safran) et le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh). Les sept abandons sont liés à des problèmes de quille (Bertrand de Broc, Vincent Riou, Kito de Pavant), de mât (Tanguy de Lamotte, Kojiro Shiraishi), de safran (Morgan Lagravière) et de foil (Sébastien Josse).
A titre de comparaison, il y a quatre ans, sept skippers avaient aussi abandonné au bout d’un mois de course. Mais ils n’étaient que 20 au départ, contre 29 cette année…

Rappel des abandons survenus dans le huitième Vendée Globe

– 19 novembre : en escale à Fernando de Noronha où il s’est dérouté après un probable choc avec un OFNI qui a endommagé sa quille au large du Portugal, Bertrand de Broc (MACSF) prend la douloureuse décision d’abandonner. Bertrand est arrivé aujourd’hui à Lorient, son port d’attache.
– 22 novembre : coup de tonnerre quand Vincent Riou (PRB), le seul ancien vainqueur, annonce son abandon suite à une avarie de quille consécutive à un choc avec un OFNI. Il se déroute vers Cape Town d’où il est reparti le samedi 3 décembre.
– 24 novembre : Morgan Lagravière (Safran) heurte un OFNI qui endommage sérieusement l’un de ses safrans. Il abandonne et se déroute lui aussi vers Cape Town.
– 28 novembre : Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) officialise son abandon. Deux semaines plus tôt, le 13 novembre, Tanguy avait annoncé faire escale au Cap-Vert pour tenter de trouver une solution à sa tête de mât cassée. Son escale à Mindelo ne lui a pas permis d’effectuer une réparation satisfaisante. Il est reparti en mer le 16 novembre, cap sur les Sables d’Olonne. Ce n’est donc qu’une fois son bateau amarré au ponton du Vendée Globe que Tanguy a officialisé son abandon.
– 4 décembre : le mât du Spirit of Yukoh de Kojiro Shiraishi se brise juste au-dessus du capelage de trinquette. Le skipper japonais jette l’éponge et fait route vers Cape Town. C’est le cinquième abandon de ce Vendée Globe. Kojiro est arrivé ce jour dans la ville sud-africaine.
– 5 décembre : Sébastien Josse déplore une avarie de foil consécutive à un gros planté après un départ en survitesse. Josse met provisoirement la course de côté et tente des réparations qui ne se révèlent pas satisfaisantes. Il a annoncé son abandon ce mercredi 7 décembre.
– 6 décembre : Kito de Pavant heurte violemment un OFNI. Le choc endommage lourdement la quille de Bastide Otio et engendre une importante voie d’eau. L’abandon est inéluctable, Kito a été secouru par le Marion Dufresne la nuit dernière (heure française).

Impossible de lister ici toutes les avaries subies par les 22 marins toujours en course. Mais rappelons que le dimanche 6 novembre, quelques heures après le départ, Didac Costa (One Planet One Ocean) a constaté des problèmes électriques consécutifs à l’arrachage d’un ballast. Il est retourné aux Sables d’Olonne d’où il reparti quatre jours plus tard. Le 19 novembre, Alex Thomson a quant à lui signalé une avarie sur le foil tribord d’Hugo Boss suite à un choc avec un OFNI. Malgré la casse de son appendice, Alex poursuit la course. Il est actuellement 2e derrière Armel Le Cléac’h.

Sébastien Josse abandonne et met le cap sur l’Australie

C’était la mauvaise nouvelle de la journée : ce mercredi matin, Sébastien Josse a pris la sage mais difficile décision d’abandonner le Vendée Globe. En bon marin, Sébastien n’envisage pas de poursuivre sa chevauchée dans les hostiles et isolées mers du Sud avec un bateau qui ne lui donne pas tous les gages de sécurité. Joint ce midi dans le Vendée Live, Sébastien a donné son état d’esprit : « Ce n’est pas évident de s’arrêter car on consacre beaucoup d’énergie et d’investissement sur cette course. J’ai essayé de trouver des solutions, mais aucune n’est viable pour le reste du parcours. Si j’avais pu sécuriser le foil, j’aurais continué car il peut encore se passer plein de choses dans le Vendée Globe. Si cet incident était survenu dans la remontée de l’Atlantique, j’aurais pu envisager de finir la course. Mais là il reste l’océan Pacifique et il n’est pas possible de continuer avec une telle avarie. Le sens marin doit prendre le dessus. » Sébastien fait route vers l’Australie, il ralliera très probablement Perth ou Adelaïde. « Ramener le bateau n’est pas le plus compliqué. Le plus dur sera d’être à terre et de voir les autres continuer à faire la régate. L’après-course va être difficile à gérer. »

Kito de Pavant en sécurité à bord du Marion Dufresne : « J’ai de la chance dans mon malheur »

Suite à son sauvetage par l’équipage du Marion Dufresne, Kito de Pavant a fait part de son émotion après avoir dû laisser à la dérive en plein océan Indien le bateau sur lequel il a investi tant de temps et d’énergie pour préparer son troisième Vendée Globe : « C’est la première fois que j’abandonne un bateau, c’est un vrai cauchemar. Mais je ne pouvais rien faire d’autre car la situation devenait très périlleuse, je ne parvenais plus à limiter la montée des eaux à l’intérieur du bateau… »
Kito de Pavant est sain et sauf, entre de bonnes mains à bord du Marion Dufresne à bord sur lequel il va passer plusieurs semaines avant de toucher terre. « On va apprendre à se connaître avec l’équipage et je vais profiter d’endroits que je vais découvrir. J’ai quelque part eu de la chance dans mon malheur d’avoir eu ce bateau sur zone. »

Romain Attanasio, Thomas Ruyant et Eric Bellion en mode MacGyver

Trois skippers mettent actuellement leur course entre parenthèses pour effectuer des réparations. Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) arrive dans une baie située à proximité du cap de Bonne Espérance où il va tenter de réparer ses safrans endommagés.
Au Nord-Est des Kerguelen, dans 30 à 40 nœuds de vent et une mer formée, Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine) est engagé dans une réparation de l’extrême, suite à une avarie ayant généré une voie d’eau. Le chapeau du schnorchel (tube permettant le remplissage du ballast) s’est arraché. Thomas a immédiatement empanné pour naviguer bâbord amure et maintenir le trou hors de l’eau. Thomas essaye actuellement de colmater la brèche. Il va changer de bord dans les prochaines heures pour voir si la réparation tient et si la voie d’eau n’a pas engendré des dommages collatéraux.

Affaire à suivre…

Eric Bellion (CommeUnSeulHomme) vient de reprendre sa course. Il a en effet réussi à remplacer son safran endommagé, après une longue et difficile réparation. Eric a mis 8 heures à retirer la pièce abîmée. Il est ensuite parvenu à mettre en place la nouvelle pelle.

Armel Le Cléac’h et Alex Thomson font le break

Après l’abandon de Sébastien Josse, qui évoluait en 3e position, les deux leaders disposent de près de 1300 milles d’avance sur leur premier poursuivant. Flashé à près de 22 nœuds, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) fait un solide leader, reléguant Alex Thomson à plus de 140 milles. Les deux éclaireurs ne sont pas prêts de souffler puisqu’ils devraient faire face à une tempête qui se creuse sur la Tasmanie à partir de jeudi. L’entrée dans le Pacifique va être tonique ! Derrière, c’est Paul Meilhat (SMA) qui occupe désormais le 3e place, sous la pression d’un Jérémie Beyou (Maître CoQ) très incisif. Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac, 6e) profite lui aussi de l’effet foil avec Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) en ligne de mire… Plus en arrière, Louis Burton (Bureau Vallée) maintient son avance de plus de 300 milles sur le groupe compact de cinq coureurs lancé à ses trousses. Signalons enfin que deux marins naviguent encore dans l’Atlantique Sud : Didac Costa et Sébastien Destremau.

Jordi Griso (Team manager de One Planet One Ocean-Didac Costa) :

« Didac devrait franchir le cap de Bonne Espérance dans environ deux jours. Il devrait ainsi être en-dessous du temps d’Ellen MacArthur en 2000 sur ce même bateau (sans compter les quatre jours de retard pris au départ). C’est bon pour la motivation d’avoir de telles références. Didac est aussi satisfait d’avoir dépassé Sébastien Destremau avant de rentrer dans les mers du Sud. Il est rassuré d’aborder cette zone hostile avec un concurrent à proximité.
Tout va bien pour Didac qui me semble en phase avec son bateau. Je sens qu’il est heureux. Mais il est aussi touché par les avaries subies par les autres concurrents, et notamment Kito de Pavant. Seuls les skippers peuvent comprendre l’épreuve que représente l’abandon d’un bateau au beau milieu de l’océan. Les sentiments sont donc partagés en arrivant dans le Sud. »

Messages du bord :

Alex Thomson (Hugo Boss) :

« Je vais entrer dans une dépression, qui sera stationnaire au large de la Nouvelle-Zélande avec des vents atteignant 45 nœuds avec des rafales de 50-55 nœuds. Cela m’incite à la prudence. Il faut préserver le bateau. Je suis en deuxième place à une centaine de milles du leader, mais le bateau à la troisième place est désormais à plus de 1000 milles derrière moi. Cela veut dire que je peux souffler un peu. Je regarderai devant plutôt que dans le rétroviseur. »

Alan Roura (La Fabrique) :

« Hier, j’effectuais une manœuvre dans 25 nœuds de vent quand je me suis fait cueillir par 50 nœuds sortis de nulle part. Le bateau s’est couché, j’ai traversé le pont à plat ventre (j’étais bien attaché) et je me suis cogné le bassin. Rien de grave, j’ai eu le souffle coupé quelques secondes sur le coup. On verra dans les heures et jours à venir ce que ça donne, mais ça n’aide pas pour se reposer : ce n’est pas que ça fasse vraiment mal, mais peu importe ma position, allongé je douille après 15 minutes sans bouger. J’ai fini par trouver une position qui me faisait du bien au bassin, mais pour le coup, c’est le dos qui n’est pas loin d’être bloqué ! Je vais donc y aller tranquillement, le temps de me remettre en pleine forme, avant de refaire des moyennes de 18 nœuds… Enfin, je dis ça, mais vous verrez que ce soir je vais attaquer comme un porc pour rattraper le retard de cette nuit. »

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