Les nouvelles du bord
On a reçu un appel sur la VHF hier après-midi. La personne nous demandait de changer de canal pour pouvoir parler. C’était en fait l’armée espagnole qui nous disait bonjour et nous souhaitait bonne chance pour la suite de la course. Ils nous ont dit qu’ils étaient dans le coin si jamais on avait besoin d’aide.
20 minutes après cet échange, on a vu un zodiac arriver très vite à l’horizon. Comme nous naviguions non loin des côtes africaines, les gars sur le pont ont été un peu surpris. A 200 mètres du bateau, ils ont commencé à agiter un drapeau espagnol à bord du zodiac et se sont approchés très doucement de nous. On les a entendus nous crier tout leur soutien.
C’était les gars de l’armée qui avaient mis à l’eau un zodiac pour venir nous voir et nous encourager. Ils nous ont demandé si le menton de Carlos allait mieux. A bord, nous lui avons tous dit de ne pas s’en faire maintenant qu’il était célèbre !
Le zodiac est arrivé à toute allure vers nous. Alors qu’ils étaient tout près, j’avais un peu la trouille de voir ces huit gars avec leur gilet de l’armée, prêts à attaquer. L’un d’entre eux a alors cherché quelque chose dans un coffre et a sorti un immense drapeau espagnol. C’était un zodiac de la marine espagnole. Le drapeau rouge-jaune-rouge dansait avec le vent. L’arme était en fait juste un appareil photo pour immortaliser cette rencontre avec les équipages de la Volvo Ocean Race.
Les gars sur le pont étaient très excités, particulièrement l’espagnol Pablo Arrarte qui a salué ses compatriotes. Il souriait. « Est ce que vous croyez qu’ils nous ont apporté quelque chose de délicieux ? Du jambon par exemple ? » Andrew Cape a quitté son ordinateur pour rejoindre les autres dehors : « Dites leur que le bateau bleu, Vestas, transporte de la drogue ! ». Puis il s’est mis à rire. Le petit zodiac a ralenti et on leur a dit au revoir.
Nous allons maintenant empanner très régulièrement à la rechercher d’un vent plus soutenu. On va regarder les moindres changements de position de la flotte. Tous ensembles, nous vivons les mêmes phases d’épuisement, de découragement et d’enthousiasme.
Pendant quatre heures, tu es sur le pont. Ton job peut varier selon la manière dont on mène le bateau : régler les voiles, faire un café, surveiller les adversaires et leurs voilures, faire la navigation et y croire ou pas ! Regarder tout simplement. Regarder absolument tout… La façon dont les vagues peuvent changer de direction, la forme des nuages qui évoluent, le lever du soleil, la lune qui filtre à travers les nuages et qui éclaire les bateaux… Observer, toujours observer.
Doucement, nous longeons la côte africaine, près du Sahara occidental et de la Mauritanie. Will et Charlie continuent de scruter le positionnement de la flotte. En d’autres termes, on mène le bateau très différemment comparé à la manière de naviguer quand on est seul.
Et après ? Navigation au portant, plus de navigation au portant. Nous sommes totalement dans notre rythme maintenant et nous passons la plupart de notre quart de pause à dormir. Sur le pont, nous essayons de garder le petit écart que nous possédons en tête de la flotte et si possible de l’augmenter.
Libby et Sam étaient particulièrement désolées de voir la tête de flotte creuser l’écart. Mais nous sommes une équipe. Et nous travaillons toutes ensembles comme une équipe, donc quand une des filles a le moral dans les chaussettes, ca fait partie du job, d’essayer de lui redonner le sourire. C’est une étape de 6 700 milles, tout peut arriver dans les prochaines semaines. Il y aura des pertes et des gains.