Ligne virtuelle pour transat bien réelle
A l’exception de Jean-Pierre Dick et Louis Burton encore en course, les six autres concurrents de la Transat B to B ont tous coupé la ligne d’arrivée virtuelle, Alex Thomson (Hugo Boss) rejoignant l’arrivée à 16h 43mn 00s. Le classement définitif de la Transat B to B n’interviendra qu’après décision du jury, qui devrait statuer dans la journée de samedi.
Libérés de la pression. Dans l’ensemble, les concurrents de la Transat B to B ont accueilli avec un réel soulagement la décision de la direction de course de réduire le parcours à la porte de sécurité. De Marc Guillemot qui saluait un acte de marin avant tout, à Vincent Riou estimant que c’était une décision difficile à prendre mais courageuse, tous les navigateurs qui ont franchi la ligne ont tenu dire à quel point ils étaient en accord avec la direction de course. La course hauturière en solitaire est déjà suffisamment porteuse de risques pour ne pas en rajouter inconsidérément… A situation météorologique sur le golfe de Gascogne exceptionnelle, l’organisateur se devait de répondre par des mesures claires, même si elles pouvaient paraître peu orthodoxes.
Une course à part entière
De l’avis même des coureurs, cette Transat B to B aura été un excellent galop d’essai avant le prochain Vendée Globe. Car, on aura beau dire que le premier objectif était de ramener les bateaux à bon port en bon état, tous ont convenu que l’aiguillon de la compétition les avait poussés à reculer leurs limites. On a beau vouloir préserver le matériel, aucun compétiteur n’accepte de se laisser prendre une vingtaine de milles dans une journée. De François Gabart (MACIF), encore tout étourdi de sa première victoire sur le circuit Imoca, à Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), heureux d’avoir été confronté à son avarie de hook et d’avoir su la résoudre en mer en passant par Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) qui avouait avoir dû se mettre dans le rouge par moments pour rester en lutte pour la première place, tous en retirent des enseignements précieux dans la perspective de l’année à venir. Chantiers d’hiver, nature des entrainements et planning prévisionnels vont intégrer les données recueillies pendant ces deux semaines de course.
Lorient prête à accueillir la flotte
Pour l’heure, les navigateurs temporisent au sud du 42ème parallèle. Mike Golding (Gamesa) a carrément affalé sa grand –voile, quand d’autres navigateurs ont préféré continuer à naviguer à vitesse lente sous grand-voile seule à trois ris. Vincent Riou, quant à lui, se dirige vers le port de Sanxenxo, au nord de Vigo, pour réparer son fleet qui ne lui permet plus de recevoir de données météo, et embarquer pour l’occasion un ou deux équipiers pour convoyer le bateau jusqu’à Lorient. Les autres concurrents devraient faire route de conserve pour se présenter dimanche devant la Cité de la Voile, où les Lorientais devraient faire nombre. Une manière de signifier que personne n’en veut aux navigateurs solitaires ainsi qu’aux organisateurs d’avoir choisi la sécurité des hommes et des voiliers. La ville possède un passé maritime suffisamment riche pour comprendre et apprécier des décisions dictées avant tout par le sens marin.
Rappel du classement général provisoire (avant jury) :
- François Gabart (MACIF), arrivé le 15 décembre à 00h 11mn 30s
- Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) arrivé à 03h 08mn 10s
- Vincent Riou (PRB), arrivé à 06h 30mn 20s
- Mike Golding (Gamesa), arrivé à 09h 58mn 00s
- Marc Guillemot (Safran), arrivé à 12h 33mn 00s
- Alex Thomson (Hugo Boss), arrivé à 16h 43mn 00s
Déclaration de Norbert Métairie, Président de Cap l’Orient Agglomération et Maire de Lorient :
« Même si nous nous réjouissions de voir juger l’arrivée de cette Transat Saint-Barthélemy – Lorient devant nos fenêtres, la sécurité commande ! Et l’important était que cette transat permette aux concurrents de se qualifier pour le Vendée Globe. C’est chose faite pour l’ensemble de la flotte. François Gabart remporte cette transatlantique de belle manière, dans des conditions difficiles. Nous sommes ravis de l’accueillir ce week-end à Lorient avec l’ensemble de la flotte que nous allons fêter dignement. »
Ils ont dit :
François Gabart (MACIF)
« C’est super de pouvoir gagner aussi vite une course sur le circuit Imoca. Cette victoire est d’autant plus belle que je n’étais pas certain de pouvoir partir avec les autres. Pour toute l’équipe, je n’ai pas de regret à avoir mis les bouchées doubles pour la réparation du bateau. C’est étonnant cette ligne d’arrivée ; en fait ça fait un petit sas de décompression qui n’est pas si mal. Je vais profiter un peu de la course et prendre un peu de recul. Des fois les choses vont un peu vite quand on arrive sur la terre ferme, ce sera bien d’avoir ce petit moment… »
Armel Le Cléac’h (Banque Populaire)
« Jusque là, je n’avais pas eu vraiment l’occasion de m’entraîner en solitaire sur ce bateau. C’est positif pour la suite. Parfois, on se met dans le rouge sans vraiment le vouloir, parce qu’il y a les classements qui tombent et qui nous mettent de la pression. C’est totalement différent d’un convoyage : on a la fatigue, le stress qui s’accumulent, donc on en tire au final beaucoup plus d’enseignements.
Vincent Riou (PRB)
« Je suis bien content d’être dans le 42ème nord. On a du soleil et quand je vois les nuages au nord, et le vent que j’ai déjà sur zone, je me dis que c’était la bonne décision de nous arrêter là. François, on savait qu’il était bon, il a fait une très belle trajectoire. En tous les cas, ça fait vraiment plaisir de voir du sang neuf arriver, ça va tirer tout le monde vers le haut, c’est super. »